« Le numéro que personne n’a composé », les tribulations médico-légales du Dr TAMALOU, épisode 5

Tamalou été 2026

Le soleil se levait doucement sur la baie de Saint-Jean-de-Luz.

Le Dr TAMALOU venait tout juste d’arriver pour quelques jours de vacances. Un café à la main, il observait les premiers surfeurs entrer dans l’eau lorsque son téléphone vibra.

Le nom de son associé s’afficha.

Le Dr MARTIN.

Il décrocha aussitôt.

— Désolé de te déranger…

Le ton était inhabituellement sérieux.

— J’ai reçu un appel de la femme de Monsieur L.

Tamalou chercha quelques secondes dans sa mémoire.

Puis il se souvint immédiatement.

Deux jours plus tôt, il avait réalisé une coloscopie avec exérèse d’un polype chez cet homme de soixante-deux ans. Une intervention parfaitement standard. La polypectomie s’était déroulée sans difficulté. Aucun incident. Le patient était rentré chez lui le jour même.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Il est hospitalisé au CHU depuis cette nuit.

Le cœur de Tamalou se serra.

— Une perforation ?

— Non. Ils parlent d’un syndrome post-polypectomie. Il va bien. Il est sous surveillance et l’évolution est rassurante.

Le médecin souffla discrètement.

Puis son associé ajouta :

— Ce qui m’a marqué, c’est ce que m’a dit sa femme.

— Quoi donc ?

— Elle m’a simplement dit : « On ne savait pas qui appeler. »

Cette phrase resta suspendue quelques secondes.

Puis chacun raccrocha.

Tamalou resta immobile devant l’océan.

Ce n’était pas la complication qui l’inquiétait.

Elle faisait partie des risques connus de toute polypectomie.

Ce qui le préoccupait davantage, c’était le chemin emprunté par son patient.

Pourquoi avait-il appelé le SAMU ? Pourquoi était-il allé directement au CHU ? Pourquoi n’avait-il pas contacté la clinique ? Ou son cabinet ? Ou son associé ?

Quelques minutes plus tard, il composa le numéro de Mme JURIS Prudence.

— Bonjour Madame Juris Prudence.

— Bonjour Docteur. Que puis-je faire pour vous ?

Il raconta toute l’histoire.

L’intervention.

L’hospitalisation.

Et surtout cette phrase :

« On ne savait pas qui appeler. »

Mme Juris Prudence l’écouta sans l’interrompre.

Puis elle commença à poser quelques questions.

— Les ordonnances de sortie ont bien été remises ?

— Oui.

— Les prescriptions d’antalgiques ?

— Oui.

— Les consignes écrites ?

— Oui.

— Un numéro d’appel figurait sur les documents ?

— Oui.

Elle marqua une courte pause.

Puis posa une dernière question.

— Qui les a expliquées au patient ?

Le silence s’installa.

Tamalou réfléchit.

L’infirmière ?

Peut-être.

La secrétaire ?

Il n’en était plus certain.

Lui ?

Il avait terminé les consultations pendant que les sorties s’organisaient.

Il avait signé les prescriptions.

Puis il était passé voir le patient quelques minutes avant son départ.

Mais avait-il réellement expliqué les signes d’alerte ? Les douleurs attendues ? Celles qui devaient inquiéter ? Le numéro à appeler avant toute autre démarche ?

Il ne savait plus.

— Je… je ne peux pas vous répondre.

Mme Juris Prudence reprit avec calme.

— C’est sans doute là le véritable sujet.

À ce stade, personne ne vous reproche une faute.

Personne ne parle de contentieux.

Mais lorsqu’aucun professionnel ne peut dire avec certitude qui est chargé d’expliquer les consignes de sortie, il existe un risque organisationnel.

Le problème n’est peut-être pas le document.

Le problème est de savoir qui s’assure qu’il a été compris.

Quelques jours plus tard, de retour à la clinique, le Dr TAMALOU réunit son équipe.

Une Réunion de Morbi-Mortalité fut organisée.

Cette fois, il ne s’agissait pas d’analyser une complication.

Le syndrome post-polypectomie était un aléa connu et correctement pris en charge.

Il s’agissait d’analyser le parcours de sortie.

Grâce à la méthode ALARM, plusieurs axes d’amélioration apparurent.

Le patient avait reçu tous les documents nécessaires.

Mais aucun professionnel n’était clairement identifié comme responsable de leur explication.

Aucune vérification n’était réalisée pour s’assurer que le patient avait compris les signes d’alerte.

Personne n’expliquait précisément qui appeler en priorité en cas de problème.

À l’issue de la réunion, plusieurs mesures furent adoptées.

Une fiche de sortie simplifiée.

Des pictogrammes pour identifier les symptômes nécessitant un avis médical.

Un numéro d’appel unique, clairement mis en évidence.

Une case dans le dossier attestant que les consignes avaient été expliquées.

Et, pour les polypectomies réalisées en ambulatoire, un appel systématique du patient le lendemain de l’intervention.

En quittant la salle, Tamalou ouvrit son carnet.

Il écrivit :

« Une fiche remise n’est pas toujours une fiche comprise. »

Puis il ajouta :

« L’information ne s’arrête pas lorsque le patient quitte la clinique. Elle l’accompagne jusqu’à son retour à la maison. »

Focus médico-légal : l’information postopératoire, un maillon essentiel de la sécurité des soins

Le devoir d’information ne prend pas fin après la signature du consentement ou la réalisation de l’intervention.

Il se poursuit jusqu’au retour du patient à domicile et participe pleinement à la qualité et à la sécurité de sa prise en charge.

En chirurgie ou en endoscopie ambulatoire, cette étape revêt une importance particulière : une fois rentré chez lui, le patient devient le premier acteur de sa surveillance.

Encore faut-il qu’il sache reconnaître une situation anormale et qu’il connaisse la conduite à tenir.

Une information utile, claire et comprise

Les documents remis à la sortie doivent permettre au patient de savoir :

  • quels symptômes sont attendus après l’intervention ;
  • quels signes doivent l’alerter ;
  • quels médicaments prendre et selon quelles modalités ;
  • qui contacter, à quel numéro et dans quels délais ;
  • dans quelles situations il doit consulter en urgence.

Mais remettre une fiche ne suffit pas toujours.

L’information gagne à être expliquée oralement, reformulée si nécessaire et adaptée à la compréhension du patient.

L’objectif n’est pas seulement de transmettre une information.

C’est de s’assurer qu’elle a été comprise.

Une responsabilité partagée

L’information postopératoire repose rarement sur un seul professionnel.

Elle implique un parcours coordonné entre le praticien, les équipes soignantes et l’établissement.

Définir clairement qui explique les consignes, qui répond aux questions et qui en assure la traçabilité constitue une véritable mesure de gestion des risques.

Les bonnes pratiques

Quelques mesures simples permettent de renforcer la sécurité des prises en charge ambulatoires :

  • Remettre des consignes écrites claires et personnalisées ;
  • Expliquer oralement les principaux messages avant la sortie ;
  • Identifier un numéro d’appel facilement accessible ;
  • Tracer dans le dossier que les consignes ont été expliquées ;
  • Mettre en place, lorsque cela est pertinent, un appel de suivi à J1.

Une information bien délivrée rassure le patient.

Une information bien comprise peut parfois éviter une complication… ou tout simplement éviter qu’il ne se sente seul face à celle-ci.

Conclusion de la saison — Le fil rouge de l’information

Cet été, le Dr TAMALOU nous a emmenés sur les routes de France, au bord de la mer, dans un bloc opératoire, en consultation, en Réunion de Morbi-Mortalité… mais surtout au cœur de ce qui fait la médecine : la rencontre entre un médecin et son patient.

À travers cinq histoires inspirées de situations réelles, nous avons parlé de perte de chance, de préjudice d’impréparation, de consentement des mineurs, d’obligation de moyens renforcée et d’information postopératoire.

Ces notions peuvent sembler très juridiques.

Elles sont pourtant avant tout profondément humaines.

Car derrière chaque dossier se cache toujours la même question :

Le patient a-t-il réellement compris ?

Compris pourquoi on lui proposait une intervention.

Compris ce qu’il pouvait raisonnablement en attendre.

Compris les risques, les limites, les alternatives.

Compris ce qu’il devait faire une fois rentré chez lui.

Le consentement éclairé ne se résume jamais à la signature d’un formulaire.

C’est un dialogue.

Une écoute.

Une décision construite ensemble.

Puis un accompagnement qui se poursuit bien au-delà du bloc opératoire.

Dans la très grande majorité des situations, ce n’est pas la complication qui rompt la relation de confiance.

Les patients savent qu’un aléa peut survenir.

Ce qui fragilise cette relation, c’est souvent le sentiment de ne pas avoir été suffisamment préparé, suffisamment écouté ou suffisamment accompagné.

À l’inverse, une information loyale, claire, adaptée, comprise et tracée demeure l’une des meilleures protections du praticien.

Elle protège juridiquement.

Mais surtout, elle protège la relation humaine.

Elle permet également au médecin d’assumer une décision parfois difficile : celle de ne pas intervenir.

En particulier en chirurgie esthétique, où il n’existe aucune obligation de résultat, le praticien ne peut promettre l’impossible ni répondre à des attentes manifestement irréalistes.

Savoir dire non est parfois la meilleure décision médicale.

Et souvent la meilleure décision juridique.

À travers cette série, Branchet n’avait pas pour ambition de proposer un cours de droit.

Notre objectif était plus simple : partager des situations concrètes, inspirées de la pratique quotidienne, pour rendre accessibles des notions juridiques parfois complexes et rappeler que la prévention reste la meilleure protection.

Accompagner les professionnels de santé, c’est aussi répondre à leurs interrogations avant qu’elles ne deviennent des contentieux.

C’est pourquoi chez Branchet, des médecins d’astreinte sont disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, y compris pendant les vacances, pour accompagner leurs assurés face à une décision difficile ou une question médico-légale.

Parce qu’une question posée à temps évite parfois bien des difficultés.

Merci d’avoir suivi les aventures estivales du Dr TAMALOU.

Nous espérons qu’elles vous auront permis de porter un regard nouveau sur le consentement éclairé, l’information et, plus largement, sur cette relation de confiance qui unit chaque jour un médecin à son patient.

Bel été à toutes et à tous… et à très bientôt pour une nouvelle saison.

Par Alexia FARRY, Head of communication, PR & Content Branchet Solutions, avec le concours du service juridique Branchet et un agent IA