À la suite d’une torsion ovarienne aboutissant à la perte d’un ovaire, madame X, âgée de 19 ans à l’époque des faits, assigne les praticiens qui l’ont prise en charge ainsi que l’établissement de santé où ils exercent.
Un expert gynécologue est missionné pour évaluer la prise en charge.
Il relève que, dès le début du mois d’octobre 2019, madame X a présenté des douleurs au niveau de la fosse inguinale droite (FID) et des vomissements, ce qui l’a conduite à consulter son médecin traitant qui l’adressait aux urgences.
Un avis au gynécologue de garde, le Docteur Y, est sollicité, lequel constate que l’ovaire droit est sans anomalies visibles alors que l’ovaire gauche présente une importante masse kystique de 8 cm de diamètre.
L’indication pour une ablation de l’ovaire gauche sous cœlioscopie est posée, sans urgences. Une date opératoire est retenue pour le 22 novembre 2019.
Le 6 novembre 2019, madame X revient aux urgences de la clinique où travaille le docteur Y, car elle souffre d’une nouvelle crise intense de douleur au niveau de la fosse inguinale droite.
Madame X y est reçue par un urgentiste, le Docteur Z.
Le Docteur Z recherche une appendicite, qu’il exclut, et invite madame X à retourner chez elle, imputant les douleurs de la fosse inguinale droite au kyste ovarien gauche qui devait être retiré quinze jours plus tard. Un traitement médicamenteux de la douleur est prescrit.
Le lendemain, madame X appelle le Docteur Y car les douleurs ne passaient pas. Madame X est reçue le jour même par le docteur Y. Il pose l’indication de cœlioscopie exploratoire en urgence pour une suspicion de torsion ovarienne droite, en raison d’une douleur importante et récurrente.
Lors de la chirurgie réalisée le jour même, le chirurgien, le Docteur Y, retrouve une torsion de l’annexe droite avec 3 tours de spire. L’aspect de l’annexe est dit nécrosé au sein du compte rendu opératoire, ce qui conduit le chirurgien à retirer l’ovaire. Toutefois, si le compte rendu anatomopathologique fait état de remaniements hémorragiques témoignant des séquelles de la torsion, il ne décrit pas de tissu nécrosé.
Il serait donc possible qu’une conservation de l’ovaire ait permis de le sauver !
In fine, l’expert retiendra deux manquements différents à l’origine d’une perte de chance d’éviter l’annexectomie.
Un premier lié à un retard de prise en charge de l’urgentiste qui, le 6 novembre, renvoyait la patiente chez elle sans solliciter l’avis d’un gynécologue.
Un second, lié à la décision prise par le docteur Y de procéder d’emblée à une annexectomie chez une patiente jeune, alors qu’il aurait pu tenter de conserver l’ovaire.
En effet, en l’absence de lésions nécrotiques retrouvées à l’analyse anatomopathologique et sans traçabilité précise du temps opératoire, l’expert a considéré que l’annexectomie n’aurait pas dû être réalisée, quitte à réintervenir une seconde fois si l’ovaire finissait par nécroser.
Le fait que le Docteur Y ait indiqué lors de la réunion d’expertise que l’ovaire n’avait pas repris une couleur rosée malgré une attente de plusieurs minutes après sa détorsion n’était pas suffisant, ce fait n’étant pas tracé et ne pouvant être déduit de l’anapath.
Compte tenu du pronostic des torsions ovariennes, la perte de chance globale est fixée à 25 %. Elle comprend 5 % pour le docteur Z (médecin urgentiste) et 20 % pour le docteur Y (gynécologue qui a procédé à l’annexectomie).
Le taux de perte de chance le plus élevé est donc attribué au chirurgien, qui était le seul à pouvoir, pendant l’opération, choisir entre procéder à une annexectomie ou conserver l’ovaire.
On relève qu’une meilleure traçabilité des manœuvres réalisées lors de l’intervention aurait sans doute permis de justifier l’annexectomie ou, a minima, d’inverser les taux de perte de chance retenus par l’expert…
Me Georges Lacoeuilhe
Me Pierre-Henri Lebrun
Avocats à la Cour
Lacoeuilhe Avocats Associés