La vaccination antigrippale chez la femme enceinte

La vaccination antigrippale chez la femme enceinte

Cas clinique

Une patiente débutait sa troisième grossesse, régulièrement suivie par le docteur D., gynécologue-obstétricien. L’évolution était jusque-là simple, sans difficulté particulière.

À 34 semaines d’aménorrhée, elle se rendait aux urgences pour suspicion d’un syndrome grippal, avec douleurs thoraciques, toux et fièvre modérée. À son admission, l’examen retrouvait une tension artérielle normale, un syndrome fébrile modéré et une tachycardie. Un test rapide de détection du virus grippal était effectué, mais revenait négatif.

Une hospitalisation était décidée pour surveillance et mise en route d’un traitement antibiotique par intraveineuse, associé à un antipyrétique, permettant dans un premier temps une amélioration clinique.

Néanmoins, l’évolution était marquée, au troisième jour, par la persistance du syndrome grippal, l’apparition de céphalées et de douleurs épigastriques. Les constantes mettaient en évidence une tachycardie, une hypotension artérielle marquée, une cytolyse hépatique, une protéinurie et une thrombopénie.

Le diagnostic de prééclampsie était posé, et une césarienne était rapidement pratiquée.

Si l’enfant naissait en bonne santé, les suites étaient marquées, pour la mère, par la persistance du syndrome grippal évoluant vers une détresse respiratoire aiguë qui motivait un transfert en unité de soins intensifs, puis en réanimation où des prélèvements respiratoires mettaient en évidence la présence d’un virus grippal A/H1N1.

Un traitement antiviral était alors entrepris, associé à une noradrénaline et une oxygénation par membrane extra-corporelle, permettant une évolution progressivement favorable de l’état respiratoire.

La patiente était ensuite transférée en service de pneumologie, où elle demeurait plusieurs jours avant de regagner son domicile, sous couvert, toutefois, d’un traitement antidépresseur et d’un suivi médico-psychologique.

Elle bénéficiait, finalement, d’un accompagnement médico-social jusqu’à la reconnaissance de la qualité d’adulte handicapé, en raison de séquelles fonctionnelles et cognitives.

C’est dans ces conditions qu’elle introduisait une demande indemnitaire, à l’issue de laquelle le gynécologue obstétricien traitant voyait sa responsabilité engagée au titre d’une perte de chance d’éviter une forme grave de grippe, aucune proposition de vaccination n’ayant été formulée au cours de la grossesse.

La vaccination antigrippale : une recommandation forte chez la femme enceinte 

La grossesse constitue une période de vulnérabilité immunitaire, exposant la femme enceinte et le fœtus à des infections potentiellement graves.

La vaccination représente, à ce titre, un levier essentiel de prévention.

Et, bien qu’elle n’entre pas dans le champ des vaccinations obligatoires, elle demeure fortement recommandée par l’ensemble des sociétés savantes françaises, notamment la Haute Autorité de Santé et le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.

En 2016, ce dernier insistait ainsi sur l’importance de la vaccination contre la grippe des femmes enceintes, quel que soit le terme de la grossesse, avant le début de l’épidémie grippale.

L’adhésion des patientes à ces recommandations reste cependant insuffisante, souvent par manque d’explication ou crainte injustifiée d’un risque vaccinal.

Dans ce contexte, la délivrance d’une information complète et adaptée est déterminante.

Le rôle du gynécologue-obstétricien : informer, proposer et tracer

Même lorsque la patiente bénéficie d’un suivi assuré par une sage-femme et/ou un médecin traitant, le gynécologue-obstétricien, dès lors qu’il est consulté, est un référent qui dispose d’une position privilégiée pour initier le dialogue sur la vaccination, rappeler les recommandations officielles et lever d’éventuelles appréhensions.

Une information deux fois répétée aboutit d’ailleurs plus facilement à une vaccination.

Sans pour autant être tenu à une obligation de résultat, le gynécologue-obstétricien conserve le devoir de délivrer une information complète et ne doit pas présumer que cette information aura été délivrée ailleurs.

Information dont il est indispensable de pouvoir rapporter la preuve, la traçabilité étant, comme toujours, primordiale puisqu’étant le seul moyen de se prémunir contre une éventuelle perte de chance d’éviter une forme grave de la grippe, dont les conséquences peuvent être délétères pour l’enfant comme pour la mère.

Me Georges Lacoeuilhe
Me Pierre-Henti Lebrun
Avocats à la Cour
Lacoeuilhe Avocats Associés