Violences faites aux femmes : les médecins témoignent #68

Violences faites aux femmes : les médecins témoignent

Pourquoi avez-vous décidé de tirer la sonnette d'alarme ?

J.S : La volonté manifeste de ce colloque était d'aborder le sujet du secret médical et de faire en sorte que les choses évoluent. Le statut quo actuel n'est plus possible. La loi dit que pour les violences faites sur mineurs ou personnes handicapées, le médecin doit appeler un magistrat (article R.4127-44 du code de la santé publique). Mais concernant les patientes victimes de violences, on les opère et on les renvoie chez elles... Certaines sont victimes de brûlures à l'acide, d'excisions, de fractures faciales etc., mais on ne peut rien dire car nous sommes tenus par le secret médical. Aujourd'hui dans certaines situations, on pourrait dire que c'est de la non-assistance à personne en danger. Nous sommes complices de cela. Or, nous sommes médecins, nous ne sommes pas là que pour soigner mais aussi pour protéger nos patientes.
Un moment donné, il faut poser le sujet sur la table et l'encadrer : soit un niveau de lésions justifie l'appel d'un procureur, soit on doit le faire systématiquement, soit on le fait avec l'accord écrit de la patiente... mais ce n'est pas à nous de décider. Faut-il légiférer ou est-ce au Conseil de l'Ordre d'aider les médecins ?

Avez-vous constaté une tendance à la hausse du nombre de patientes qui subissent des violences conjugales ?

J.S : Malheureusement, nous n'arrivons pas à avoir de chiffres. Des femmes sont opérées mais on se doute bien qu'elles ne sont pas tombées de leur vélo... Cette situation concerne tous les milieux sociaux. Je me souviens d'une patiente tombée trois fois contre « le lavabo de sa salle de bain...».
A cela il faut rajouter la pression familiale, le mari qui peut être présent à la consultation, son emprise etc. J'ai le sentiment que ces femmes aimeraient que l'on parle pour elles.

Vous avez aussi évoqué les violences psychologiques que subissent certaines femmes sous la pression de leur conjoint ?

J.S : Oui c'est un aspect très inattendu mais fréquent de voir des patientes poussées à subir des interventions exigées par leur compagnon (poitrines, fesses, etc.). Il m'est arrivé de refuser d'opérer une patiente pour cette raison.

 

Retrouvez le Dr Saboye sur Franceinfo,
https://www.francetvinfo.fr/societe/violences-faites-aux-femmes/je-sais-bien-qu-elles-ne-sont-pas-tombees-a-velo-des-chirurgiens-plasticiens-veulent-pouvoir-prevenir-les-autorites-quand-ils-soignent-des-femmes-battues_3715085.html

 

 

Dr Jacques SABOYE

Président de la Société Française de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique