Connaissez-vous le phénomène de « sursimulation » ? #70

Connaissez-vous le phénomène de « sursimulation » ?

 

Dans cette affaire, la patiente présentait un syndrome douloureux chronique du membre supérieur droit - membre dominant – lequel avait été aggravé par un premier traumatisme au niveau de l'avant- bras.

 

Aux urgences, le traumatisme était qualifié dans un premier temps de bénin, aucune lésion n’étant visible sur les examens complémentaires.

 

Néanmoins, devant la persistance et l’atypisme des douleurs – malgré les traitements médicaux prescrits – et suite à un nouveau traumatisme, la patiente bénéficiait de plusieurs interventions chirurgicales, entrainant malheureusement à chaque fois l’apparition de symptomatologies douloureuses de différentes natures.

 

L’expert, désigné par la Commission de Conciliation et d’Indemnisation, n’avait pas été en mesure de déterminer la cause de ces douleurs, mais avait considéré que la question d’un phénomène dit de « sursimulation » pouvait se poser dans le cas présent.

 

Contrairement à ce que ce terme laisse penser, la « sursimulation» n’est pas le fait pour la patiente de simuler une pathologie, mais une évolution douloureuse au fur et à mesure des traitements chirurgicaux, qui se fait, selon l’expert, « en dehors de la volonté et de la conscience de la patiente, évolution qui est disproportionnée par rapport aux éléments objectifs. La gêne fonctionnelle existe vraiment pour elle. Il ne s'agit pas d'une pathomimie où le patient simule volontairement une pathologie médicale ni d'une conversion. Il n'y a pas de pathologie psychiatrique identifiée. »

 

L’expert concluait également que seuls l’historique et l’analyse des faits permettaient d’en arriver à cette conclusion, puisqu’aucun examen n’est évidemment propre à mettre en évidence un tel mécanisme.

 

Cette notion de « sursimulation » devait donc sans aucun doute conduire à exclure la responsabilité du chirurgien, qui avait désespérément tenté d’apporter une réponse aux plaintes douloureuses de sa patiente. Tel ne sera pourtant pas le cas.

 

Si l’expert saluait l’attentisme du chirurgien suite au premier traumatisme, il critiquait en revanche le diagnostic de syndrome du canal carpien posé à l’époque du deuxième traumatisme, l’estimant insuffisamment documenté.

 

L’indication opératoire qui en avait découlé devait donc être invalidée par l’expert, lequel ne se prononçait toutefois pas sur l’évolution de la symptomatologie douloureuse de la patiente en l’absence d’intervention.

 

Et dans une conclusion des plus étranges, l’expert excluait un lien direct et certain entre les soins délivrés et le dommage présenté par la patiente, tout en retenant qu’une partie de la symptomatologie de la patiente devait être imputée aux actes chirurgicaux en cause !

 

Le dommage était finalement attribué à hauteur de 75% aux traumatismes et à la « sursimulation » et pour les 25% restants aux indications opératoires inadaptées, répartition qui sera entérinée par la Commission.

Le rapport d’expertise, comme l’avis de la Commission, sont bien entendu extrêmement critiquables, et à plusieurs niveaux.

 

Sur le plan médical, il est remarquable que l’expert ait critiqué la démarche diagnostique de l’un de ses confrères sur le fondement d’un diagnostic lui-même aventureux d’une entité pathologique qu’on pourra qualifier au minimum d’imprécise.

 

Sur le plan juridique, l’attribution d’une part de responsabilité aux soins est évidemment en contradiction totale avec la conclusion, qui paraissait raisonnable, selon laquelle il n’existait pas de lien direct et certain entre le dommage et les interventions.

 

Mais la logique indemnitaire s’accommode mal de ce genre d’incertitudes.

 

Cette affaire nous rappelle les précautions qui, dans un tel contexte, doivent systématiquement entourer la décision chirurgicale.

 

 

Georges LACOEUILHE

Cabinet Lacoeuilhe
Avocat spécialiste de la santé