Les vieux de la vieille #67

Plan d'épargne retraite, quels impacts pour les médecins ?

L'expression « penser à ses vieux jours » est plus que jamais d'actualité. En effet, il y a cinquante ans, en 1970, un homme de 65 ans pouvait espérer vivre treize années à la retraite (un peu plus pour une femme), soit en gros un tiers d'une carrière. Avec les progrès de la médecine, l'espérance de vie à 65 ans est statistiquement de vingt ans, la moitié d'une carrière. Selon l'OCDE, c'est en France que l'on vit le plus longtemps à la retraite. Sept années de plus en cinquante ans ! Good news. Sauf que l'allongement de durée de vie s'accompagne aussi d'un risque de dépendance et de frais de santé, un aléa financier de plus en plus lourd. Alors chers docteurs, que vous soyez libéraux ou hospitaliers, vous auriez intérêt à capitaliser.

 

Perp, Perco, Retraite Madelin, COREM, PREFON, Article 83... nombreux sont les produits d'épargne retraite et l'on s'y perd un peu... Le 1er octobre dernier, la loi Pacte a créé le nouveau Plan d'Epargne Retraite (PER).

 

Quelles sont les nouveautés ? Les avantages pour les praticiens ? Doit-on abandonner son assurance vie ? Comment peut-on jouir pleinement de ses droits et se faire une place au soleil ?

 

Branchet s'est penché sur la question et a décrypté le nouveau PER pour vous.

 

Quels changements ?

 

Un choc de simplification

 

Avant la réforme, l'épargne retraite prenait d'innombrables formes : Madelin, PERP, COREM, PREFON, PERCO, Article 83... Chaque statut (libéral, hospitalier, salarié...) avait son produit et chaque produit ses règles en termes de versements, de sortie, de fiscalité ou de charges sociales... Beaucoup de praticiens ayant plusieurs carrières et cumulant plusieurs statuts, il était très facile de se perdre dans la multitude des contrats et de leurs règles. Si bien que de nombreux placements ne produisaient jamais leurs effets, les futurs retraités passant tout simplement à côté de leur dénouement !

 

Le premier atout du nouveau PER est donc là : un seul produit pour toute votre carrière ! Le PER contiendra 3 enveloppes : une enveloppe individuelle (équivalent Madelin, PERP...), une enveloppe collective (PERCO) et une enveloppe « cotisations obligatoires » (équivalent de l'article 83 pour les salariés du privé).

 

Les possibilités de défiscalisation à l'entrée ainsi que le traitement fiscal et social à la sortie sont harmonisées. Ainsi pour l'enveloppe individuelle vous pourrez défiscaliser tous les versements (dans la limite du plafond Madelin pour les travailleurs non-salariés ).

 


Souplesse de transfert

 

Les nombreux produits étaient très cloisonnés entre eux. Vous ne pouviez pas conserver un seul produit retraite tout au long de votre carrière. C'est désormais possible : la loi PACTE facilite les transferts et la portabilité de vos différents produits sur les enveloppes du PER. Ainsi ce nouveau produit devient le réceptacle de l'ensemble de vos épargnes-retraite et vous suit toute votre carrière au gré de vos changements de statuts.

 

Par ailleurs, toujours dans le but de faciliter ces transferts la loi prévoit de plafonner les frais de transfert à 1% les 5 premières années puis de les supprimer.

 

Libéralisation du choix de sortie !

 

Si vous ne deviez retenir qu'un changement c'est celui-là ! Un contrat Madelin vous obligeait à transformer en rente 100% du capital épargné, le PERP et PREFON n'autorisaient que 20% de sortie en capital pour 80% de rente.

 

Dorénavant, à la liquidation de vos droits à la retraite vous aurez la maitrise totale de la sortie de votre épargne : capital, rente ou mix des deux. Le capital subira l'impôt sur le revenu pour le montant des versements effectués et le prélèvement forfaitaire unique (PFU ou Flat Tax de 30%) pour les plus-values, englobant donc impôts et charges sociales. Pour la part de votre épargne sortie en rente, elle sera fiscalisée à l'impôt sur le revenu après abattement de 10%. Pour éviter la surimposition le législateur a prévu une possibilité de sortie fractionnée en capital.

 

Par ailleurs la loi ajoute un cas de déblocage anticipé : l'achat de la résidence principale. Cela répond à une priorité des jeunes actifs à leur entrée sur le marché du travail. En effet, beaucoup ne souhaitent pas bloquer leur épargne jusqu'à leur retraite, en vue de l'achat de la résidence principale. Ils s'orientent plus facilement vers un classique Plan d'Epargne Logement sans possibilité de défiscaliser ni de faire fructifier leur épargne. Ils pourront désormais le faire avec l'enveloppe PER.

 

Cette possibilité de sortie anticipée offre d'ailleurs un nouvel outil aux parents pour faciliter la transmission : ouvrir un PER au nom de leurs enfants et ainsi bénéficier d'un levier fiscal intéressant : placer des sommes qui seront défiscalisées au taux marginal des parents (pour les enfants faisant partie du foyer fiscal) et dont la sortie sera fiscalisée au taux marginal de l'enfant, jeune adulte entrant dans la vie active, en vue d'acquérir sa résidence principale.

 

Quels impacts pour vos stratégies retraite ?

 

« Assurez à la fois votre niveau de vie et votre cadre de vie ». Cet adage, précieux en termes de stratégie retraite, nous conseille de diversifier les actifs et leurs modes de détention pour une retraite plus sereine.

 

La rente viagère, perçue jusqu'au décès, aura l'avantage de vous protéger contre la dépendance. En revanche, si vous ne bénéficiez que de rentes vous ne pourrez pas réellement transmettre selon vos souhaits ou simplement profiter pleinement de vos actifs.

 

A l'inverse le capital a l'avantage d'être transmissible et immédiatement disponible. Mais sans rente vous prenez le risque de consumer votre patrimoine pour assumer une éventuelle dépendance, pire, la faire supporter par vos ayants droit.

 

Un mélange de rente et de capital peut vous assurer une retraite à l'abri du besoin et ainsi assurer à la fois votre niveau de vie et votre cadre de vie. Dans cette optique le nouveau PER est particulièrement intéressant puisqu'il vous permettra d'attendre le dernier moment pour faire l'arbitrage rente/capital. En fonction du montant de vos pensions de retraite vous saurez combien il vous faudra compléter et ainsi combien transformer en rente pour jouir du capital restant.

 

Le PER, nouveau placement préféré des français ?

 

La nouvelle facilité de sortie en capital de vos épargnes retraite peut faciliter la comparaison avec le placement en assurance-vie. Jusqu'à remettre en cause son statut de placement préféré des français ?

 

Le PER propose un avantage fiscal à l'entrée, quand l'assurance-vie bénéficie de conditions de sortie avantageuses après 8 ans (pas de fiscalité sur le capital versé, plus-values imposées à 7.5% après abattement et prélèvements sociaux de 17.2%)

 

Alors : Avantage fiscal à l'entrée ou à la sortie ?

 

Prenons l'exemple d'un praticien imposé à 41% et qui souhaiterait placer 6 000 € par an après impôts, pendant 10 ans.
A même budget, le praticien placerait donc 6 000 € sur une assurance-vie contre 10 169 € sur son plan d'épargne retraite (6 000 € + 4 169 € d'avantage fiscal). En supposant des frais identiques et une rentabilité de 3% annuels, le capital constitué serait de 70 847 € sur l'assurance-vie contre 120 079 € pour le PER.

 

Après application de la fiscalité avantageuse de l'assurance-vie, le capital net dont bénéficierait notre praticien serait de 68 512 € soit une plus-value nette de 14%. La liquidation du PER entrainerait une fiscalité plus importante mais un capital net de 77 027 € soit une plus-value nette de 28%.

 

Attention, ces calculs ne sont valables que pour une comparaison de deux placements en vue de la retraite. En effet, il ne faut pas oublier que les sommes placées sur un contrat d'assurance-vie restent disponibles contrairement au PER qui bloque votre épargne jusqu'à la retraite (hors cas de sortie anticipée). Cela fait de l'assurance-vie un produit complémentaire, adapté à des objectifs différents.

 

i. Forfait de 10 % du PASS soit 4.052 € pour 2019, quel que soit le revenu professionnel ou 10 % du revenu professionnel limité à 8 PASS augmenté de 15 % du revenu compris entre 1 et 8 PASS

ii. 4 600 € pour un célibataire, 9 200 € pour un couple.

iii. Rente annuelle CARMF de 36 000 €, impôt supplémentaire année de sortie PER : 37 537 €