Jusqu’au bout ! #66

ATTENTION A L'INFORMATION POST OPERATOIRE

Défaut d'information post opératoire

 

Dans cette affaire un homme de 52 ans présentait une épicondylite droite qui le conduisait à
consulter le Docteur X, chirurgien orthopédique. Ce dernier posait l'indication de cure chirurgicale de
l'épicondylite par plastie d'allongement.

Un formulaire de consentement éclairé était remis au patient, qui le retournait daté et signé quinze
jours avant l'intervention.

 

Celle-ci, réalisée en ambulatoire, se déroulait simplement de sorte que le patient était autorisé à
regagner son domicile le jour même par l'anesthésiste et le chirurgien.

 

Un bulletin de sortie retraçant les consignes post-opératoires d'usage ainsi que le numéro de la
permanence chirurgicale ouvert 24h sur 24 et 7 jours sur 7 lui étaient également remis.

 

Malheureusement dans la nuit suivant l'intervention d'importantes douleurs réveillaient le patient
qui, hésitant à contacter l'équipe soignante en plein milieu de la nuit, attendait le lendemain matin
pour joindre l'infirmière communale, puis son chirurgien.

 

Ce n'est finalement qu'en fin de matinée que sans en informer son chirurgien, le patient se rendait
aux urgences, aucune infirmière ne pouvant se déplacer.

 

Compte tenu de la symptomatologie présentée, une pathologie d'origine neurologique était tout
d'abord suspectée, et en l'absence de réponse aux thérapeutiques mises en oeuvre, le diagnostic de
syndrome des loges était posé.

 

Le patient était alors transféré au sein d'un Centre hospitalo-universitaire afin qu'il puisse bénéficier
d'une aponévrotomie en urgence.

 

Les suites opératoires étaient compliquées par l'apparition de tissus nécrotiques, conduisant les
équipes du CHU à ré-intervenir à plusieurs reprises.

 

Ils parviendront, fort heureusement, à sauver le membre supérieur droit du patient.

 

L'expert nommé par le juge des référés va conclure à un défaut d'information post-opératoire
imputable à l'anesthésiste (le patient n'ayant, selon lui, pas été suffisamment alerté de la survenue
possible d'évènements indésirables qui seraient masqués par l'anesthésie) et à un retard de prise en
charge imputable au Docteur X.

 

Il rappelait toutefois que si le délai de prise en charge d'un syndrome des loges doit être inférieur à
6h, il était impossible en l'espèce d'horodater le début des symptômes, l'anesthésie n'étant dissipée
qu'à 5h du matin.

Il était donc plus que probable que les séquelles étaient déjà irréversibles lorsque le patient a pu être
pris en charge.

 

Le Tribunal saisi va exclure toute faute médicale mais condamner solidairement le chirurgien et
l'anesthésiste au titre d'un défaut d'information, mais post opératoire, qui serait, selon le tribunal, à
l'origine d'une perte de chance de 50% d'éviter le dommage !

 

Et ce au motif extrêmement critiquable que les professionnels de santé n'auraient pas suffisamment
insisté sur l'importance d'appeler la Polyclinique à un numéro ouvert 24h sur 24. Le patient avait
pourtant reçu des consignes écrites lors de la sortie, insistant sur la nécessité d'une vigilance accrue
pendant les 24 premières heures post opératoires. Le numéro de la polyclinique figurait d'ailleurs
clairement sur le bulletin de sortie remis au patient.

 

On ajoutera que le patient avait admis lors de l'expertise qu'il n'avait pas jugé sa situation
suffisamment inquiétante pour contacter l'opérateur de garde !

 

Si l'on peut naturellement attendre de la cour d'appel qu'elle infirme le jugement de première
instance, cette affaire est l'occasion de rappeler que le devoir d'information ne prend pas fin une fois
l'intervention terminée. Et, corrélativement, qu'il est tout aussi essentiel de conserver une preuve
écrite de la bonne délivrance de consignes de sortie précises, que de l'annonce pré opératoire des
risques découlant de l'intervention.

 

Georges LACOEUILHE

 

Cabinet Lacoeuilhe

Avocat spécialiste de la santé